Un salarié cesse de venir travailler du jour au lendemain, sans explication et sans réponse à vos appels ? Depuis 2023, la loi a changé la donne : l'abandon de poste peut désormais être assimilé à une démission, sous certaines conditions strictes. Voici comment réagir correctement, étape par étape.

Qu'est-ce que l'abandon de poste ?

L'abandon de poste correspond à une absence injustifiée et prolongée du salarié, qui quitte son poste ou ne se présente plus au travail sans en informer son employeur ni fournir de motif légitime (arrêt maladie, accident, droit de retrait, exercice du droit de grève…).

Ce n'est pas une simple absence isolée : c'est une rupture de fait de la relation de travail, à l'initiative du salarié, qui laisse l'employeur dans l'incertitude la plus totale sur la suite à donner.

La présomption de démission depuis 2023 : ce qui a changé

Avant 2023, l'abandon de poste était le plus souvent traité comme un motif de licenciement pour faute grave. Une situation paradoxale : le salarié qui abandonnait son poste sans prévenir se retrouvait finalement indemnisé au titre du chômage, alors qu'une démission classique n'y ouvre pas droit.

La loi Marché du travail du 21 décembre 2022 (décret d'application du 17 avril 2023) a créé une présomption de démission : un salarié qui abandonne volontairement son poste et ne reprend pas le travail après une mise en demeure de l'employeur est présumé démissionnaire, et perd donc en principe son droit aux allocations chômage.

Attention : cette présomption reste une faculté pour l'employeur, pas une obligation. Vous pouvez toujours choisir d'engager une procédure de licenciement disciplinaire si cela sert mieux les intérêts de l'entreprise.

La procédure de mise en demeure : étape par étape

Pour faire jouer la présomption de démission, une procédure précise doit être respectée :

  • Constatez l'absence : notez la date du premier jour d'absence injustifiée et conservez une trace de vos tentatives de contact.
  • Envoyez une mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception (ou remise en main propre contre décharge), demandant au salarié de justifier son absence ou de reprendre son poste.
  • Respectez le délai minimal de 15 jours calendaires laissé au salarié pour répondre ou reprendre le travail, à compter de la réception de la lettre.
  • En l'absence de réponse ou de reprise, la démission est présumée à l'issue du délai. Vous formalisez alors la fin du contrat sans procédure de licenciement.

Un modèle de lettre de mise en demeure erroné ou un délai non respecté peut fragiliser toute la procédure : soyez particulièrement vigilant sur la rédaction et les délais postaux.

Quelles conséquences pour le salarié et pour l'employeur ?

Pour le salarié, la présomption de démission emporte plusieurs conséquences :

  • Pas de droit aux allocations chômage, sauf s'il conteste devant le conseil de prud'hommes et obtient une requalification
  • Pas d'indemnité de licenciement
  • Le salarié conserve toutefois son droit à l'indemnité compensatrice de congés payés et au solde de tout compte habituel

Pour l'employeur, cette voie évite une procédure de licenciement disciplinaire (convocation, entretien préalable, notification) mais reste risquée si la procédure n'est pas suivie scrupuleusement : le salarié peut saisir le conseil de prud'hommes en référé, qui doit statuer dans un délai d'un mois, pour contester la nature de la rupture.

Sur le plan de la paie, il faudra établir le certificat de travail, l'attestation France Travail (en indiquant le motif « démission ») ainsi que le solde de tout compte, exactement comme pour une démission classique.

Abandon de poste : les pièges à éviter

En tant que gestionnaire de paie, voici les erreurs les plus fréquentes que je constate chez mes clients :

  • Attendre trop longtemps avant d'agir : chaque jour d'absence non traité complique la gestion du contrat et le paiement du salaire
  • Oublier de vérifier un motif légitime : un salarié en incapacité de travailler pour raison médicale, en exercice du droit de grève ou en droit de retrait ne peut pas être présumé démissionnaire
  • Mal rédiger la mise en demeure : elle doit explicitement mentionner le délai et les conséquences en cas de non-reprise
  • Continuer à verser le salaire pendant toute la période sans clarifier la situation contractuelle

Face à une situation d'abandon de poste, mieux vaut être accompagné : une erreur de procédure peut coûter cher, tant en indemnités qu'en temps de gestion administrative.

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